Vague de démissions au CDP... Blaise Compaoré dans la tourmente

lundi 6 janvier 2014

Les journaux du Burkina bruissaient depuis quelques temps d’implosion imminente au sein du CDP (congrès pour la démocratie et le progrès) le parti au pouvoir. Notamment depuis le dernier congrès, où nombre de ces démissionnaires avaient été mis de côté de la direction du parti au profit de proches de François Compaoré, le petit frère de Blaise Compaoré, souvent issus de la FEDAP BC (Fédération Associative pour la paix et le Progrès avec Blaise COMPAORE).

Nous vous livrons ci-dessous la lettre de démission

Ils sont ainsi près de 75 à avoir rendu public leurs démissions. La liste des démissionnaires sous forme de démission circule sur les réseaux sociaux. On trouve parmi eux :

- Roch Marc Christian Kaboré, ancien premiers ministre, ancien président de l’Assemblée Nationale, ancien secrétaire exécutif du parti eu pouvoir. IL avait perdu ce poste lors du dernier congrès. Durant la révolution il était membre de l’ULCR, le parti de Valère Somé.
- Simon Compaoré, ancien de l’ULCR, maire de Ouaga pendant 17 ans
- Salif Diallo, ministre pendant plus de 15 ans, ancien membre probable du PCRV, puis du GCB (groupe des communistes burkinabè) pendant la révolution. Il était avec Blaise Compaoré quand Thomas Sankara a été tué. Considéré comme l’homme des basses oeuvres de Blaise Compaoré, il aurait trempé dans les guerre du Libéria et les différents trafics de diamants. Il s’est déjà désolidarisé du CDP il y a quelques années.
- Larlé Naaba Tigré, chef coutumier à l’Etat civil Victor Tiendrebeogo (à confirmer)
- Jean marc Palm, ancien ministre, un des créateurs du GCB pendant la révolution, frère de Jean Pierre Palm
- Bonanet Maurice Dieudonné, conseiller à la présidence du Faso
- Zagré Koudougou Seydou, ancien maire de Koudougou
- Juliette Bonkoungou, ancien ambassadeur du Burkina Faso au Canada
- Basile Guissou, ancien ministre des affaires étrangères durant la révolution. Il était alors membre de l’ULCR de Valère Somé. IL a été un temps considéré comme l’idéologue du CDP. Il est délégué général du Centre national de recherches scientifiques et technologiques (CNRST)
- Clément P. Sawadogo, ancien ministre, candidat aux primaires 2012 non retenu sur la liste CDP dans la circonscription du Kadiogo
- Ouattara Benoît, ancien ministre du commerce
- Raymond Edouard Ouedraogo, ex ambassadeur du Burkina Faso à Pékin et à Tokyo, ministre de l’information, Gouverneur de la Région du Centre-Sud
- Laya Sawadogo, ancien ministre de l’enseignement secondaire et supérieur
- Clément Kouanda Sabné, coordonnateur national de la Fondation Suka de Chantal Compaoré
- Benon Pascal, Ex gouverneur de la région du Centre et « Sénateur élu »
- Jean Claude Bouda, maire de Manga et ancien Boss du SIAO

Il s’agit donc de personnages importants du régime. Malgré les bruits d’implosion, l’ampleur de la fronde semble avoir surpris. D’autant plus qu’ils affirment dans leur lettre de démission s’opposer à la mise en place du sénat et à la modification de l’article 37 de la constitution.

Mais leurs anciens camarades sont là pour leur rappeler leur déclarations passées. Ainsi le nouveau président « Secrétaire Exécutif National du Parti, Président du Bureau Politique National » Ainsi KOUANDA a déclaré dans un communiqué où il fustige les démissionnaires : « Enfin, le caractère anti démocratique de la limitation du mandat présidentiel a été dénoncé par le IVè Congrès Ordinaire du CDP tenu en 2009 sous la présidence de M. Roch Marc Christian KABORE qui a, du reste, fait plusieurs sorties médiatiques sur le sujet en jurant, la main sur le cœur, que notre Parti travaillera à modifier l’article 37. Depuis lors, aucune autre mesure n’a été prise pour changer cette position prise par une Résolution du IVè Congrès du CDP alors que M. Roch Marc Christian KABORE était Président du CDP entouré de M. Salif DIALLO, 1er Vice-Président chargé de l’Orientation politique et de M. Simon COMPAORE, 2ème Vice-Président. » ! On attend avec impatiente d’autres rappels de ce type... et bien sur d’autres révélations de la part des démissionnaires aussi.

Roch Christian Kaboré a déclaré depuis : « L’erreur est humaine. Je me suis trompé. Je fais mon mea culpa » selon burkina24.com.

Certains voient dans cette démission une nouvelle manœuvre de Blaise Compaoré. Rien n’est moins sur, même si, pour se prononcer définitivement il faut attendre encore un peu. Pour notre part, on pencherait plutôt sur le fait qu’ils cherchent à se protéger pour l’avenir, avant qu’il ne soit trop tard. Mais il est encore trop tôt pour se prononcer définitivement sur la profondeur de la rupture. Pour l’instant ils s’en prennent surtout au parti au pouvoir le CDP, qu’ils ont dirigé. Mais ils ont aussi déclaré qu’ils n’avaient rien contre Blaise Compaoré. Or c’est pourtant bien lui qui décide de tout dans ce pays.

Blaise Compaoré, est inquiet. Il ne semble pas avoir confiance dans ceux qui l’entouraient jusqu’ici, d’où la propulsion de son petit frère François Compaoré, comme homme politique de premier plan, voir comme son éventuel successeur. Les journaux burkinabè n’ont en tout cas pas manqué d’analyser les changement à la tête du CDP lors du dernier congrès comme, la main mise de François Compaoré et de ses amis sur la parti.

Les derniers évènements politiques du Burkina, en interne, ont montré certaines fragilités du régime, en particulier la grave crise de 2011. Plus récemment l’opposition, avec l’arrivée de Zéphirin Diabré a retrouvé des forces en organisant de puissances manifestations, et de la crédibilité. De l’extérieur, il devient difficile pour la France de soutenir un président en place depuis plus de 27 ans, alors qu’on a toujours affirmé la nécessité de l’alternance.

Blaise Compaoré, soutenu par la communauté internationale, faisait le forcing pour montrer sa crédibilité comme médiateur, mais la situation malienne se retourne contre lui, car plus personne dans ce pays, ne semble accepter son soutien à peine voilé du MNLA, en particulier le nouveau président. La France est de ce point de vue d’ailleurs de plus en plus critiqué au Mali.

Après la renforcement de l’opposition, l’affaiblissement du parti au pouvoir et des soutiens à Blaise Compaoré, sont des données relativement nouvelles dans ce pays. L’après Compaoré est en marche. Ces anciens piliers du régime escomptent sans doute trouver là de quoi faire oublier le passé au service de ce régime honni. Ce sont les burkinabè qui en décideront.

Première échéance importante, l’opposition vient d’appeler à manifester de nouveau contre la mise en place du sénat et la modification de l’article 37 le 18 janvier 2014. Ces démissionnaires rejoindront-ils les rangs de la manifestation ? C’est la question que l’on se pose pour mieux appréhender la nouvelle donne politique de ce pays.

Le peuple burkinabè, quand à lui, a retrouvé depuis quelques mois le chemin des manifestations de rue derrière les partis politiques. Ce n’est certainement pas pour remettre en selle des gens qui ont accompagné le régime pendant 27 ans.

La rédaction


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